Chapitre 88 - Vyzard

 

IX - Final


Chapitre 88 - Vyzard


L'École Marguerite. Celle où je suis allé, lors de notre passage à Céladopole. C'est ici que j'ai rencontré Morgane, sous la forme d'une poupée nommée Sabrina.

J'ai beaucoup de bons souvenirs, dans cet endroit. Mais le fait est que nous sommes toujours dans un palais mental. Et non pas, physiquement, à la capitale.

C'est étrange... Je pensais qu'en étant celle qui a initié la fusion, je serais également celle avec la plus grande autorité ici. La preuve en est que les endroits que nous parcourrons, depuis le début, sont tirés de mes souvenirs.

Cependant, chaque porte que j'ouvre semble mener à un lieu aléatoire. Indépendamment de ma volonté.

Ou alors, c'est exactement comme Mew le pense.

Peut-être est-ce ma volonté de fuir qui nous envoie à des endroits imprévus...?

J'ai envie de vaincre Sulfura, pourtant. C'est notre seule porte de sortie. La seule solution qui permettrait d'enfin en finir avec tout ça puis de retrouver nos amis, dehors.

Mais je ne m'en sens pas capable...

J'ai peur.

Je me sens seule et désarmée. Comment pourrai-je vaincre un dieu dans de telles conditions ?

"Hm ?"

Mew s'agite soudainement, cherchant quelque chose autour de lui, tout en levant la tête en l'air. Son museau bougeant frénétiquement.

"Quoi ?"

"Ça sent le brûlé."

Le brûlé...?

LE BRÛLÉ ?!

Maintenant qu'il le dit, en regardant par l'une des nombreuses fenêtres du long couloir dans lequel nous sommes, je peux voir qu'une partie de l'école est en train de prendre feu !

Naturellement, je me tourne en direction de la porte que nous avons utilisée plus tôt, mais cette dernière s'est totalement volatilisée !

"La grosse poule nous a repérés, lorsque nous étions encore en ville. Mew pense que sa volonté de nous traquer surpasse actuellement ta volonté de fuir, Ember."

"T'en as d'autres des bonnes nouvelles comme celle-là ?!"

"Ce n'est pas de la faute de Mew si tu es faible d'esprit !!!"

Le temps presse...! De la fumée commence à apparaître, au bout du couloir. Je me dépêche donc de courir tout en cherchant une autre porte. Chose qui ne devrait pas être difficile, puisque ce couloir est censé mener à toutes les salles de classe des cinquième et sixième années. Sauf que les portes disparaissent toutes au fur et à mesure que nous nous rapprochons d'elles...

"Quitte à être une peureuse, tu ne peux pas faire un effort et être meilleure dans ce domaine ?!" Demande Mew, toujours plus déçu en voyant que je ne suis pas celle qu'il espérait.

"À part me faire des requêtes absurdes, je ne t'ai pas vu aider de manière très active non plus !" Je rétorque, tout en continuant de chercher une issue.

"Mew a déjà dit qu'il ne pouvait pas se battre !"

Au même moment, je remarque que de la fumée semble se rependre depuis l'autre bout du couloir. En regardant derrière nous, des flammes se rapprochent doucement.

Nous serons bientôt cernés...

Naturellement, je me tourne vers une des fenêtres. Cherchant à l'ouvrir, puis à la briser en voyant que cette dernière est bloquée.

Rien n'y fais...!

"Et tu ne peux pas, je ne sais pas, utiliser tes super pouvoirs de pixie pour nous sortir de là, au moins ?!" Je demande, tournant mon regard vers Mew.

Le chat rose cligne des yeux. Visiblement peu alarmé par la situation. Il finit par générer une patte de pierre, semblable à celles utilisées par Scarlett lors de notre combat, au niveau de sa queue.

Je me bouge en supposant qu'il va tenter de fracasser la vitre que je n'ai pas réussi à briser, mais Mew décide, contre toute attente, de frapper le sol, sous nos pieds, à la place.

Mon visage se décompose au moment où je sens mon corps perdre son équilibre et tomber dans le grand trou créé par Mew.

Bien que nous soyons dans un espace mental, la douleur ressentie au moment où mes fesses rencontrent le sol est, indéniablement, réelle...

Mew, pour sa part, se contente de flotter vers le bas pour me rejoindre. Observant les lieux, peu intéressé par mon atterrissage.

"De tous les endroits pour fuir, il fallait que tu choisisses celui-ci..." Dit-il, peu enthousiaste.

Je décide, à mon tour, de confirmer notre localisation. La pièce est sombre, et l'air est lourd. Du peu que je vois, le sol et les murs semblent fissurés de toutes parts. Des papiers totalement vierges et des morceaux de verre sont éparpillés un peu partout.

"Le laboratoire d'Auguste..." Je marmonne, reconnaissant enfin les lieux. "Je n'ai pas choisi d'atterrir ici. C'est cet espace mental qui est totalement aléatoire !"

Ou l'est-ce réellement...? Je n'en suis, moi-même, plus vraiment sûre.

J'ai également eu à sauter dans un trou, la dernière fois que j'ai visité ces lieux, avec Azul. Peut-être que mon esprit a fait le lien, indirectement ?

Ma réflexion est interrompue par un cri bestial, étouffé au loin. Peu après, la structure autour de nous se met à trembler, risquant, en vue de son état actuel, de s'écrouler sur nos têtes.

Au delà du fait que le laboratoire d'Auguste était en ruine, la dernière fois que j'y suis allé, il s'agit également d'un lieu fragile, mentalement. Un endroit chargé en mauvais souvenirs, dans lequel ni Mew, ni moi souhaitons être.

"Cherchons une porte," propose Mew, aillant visiblement subit un changement de cœur entre temps.

Malheureusement, nous n'en trouvons aucune. L'endroit étant tellement délabré que seules les encadrements servent de témoin à la présence, fut un temps, de portes dans ces lieux. De plus, il va sans dire que fracasser le sol ne fonctionnera pas aussi bien, cette fois-ci. La structure menaçant de s'écrouler au moindre tremblement.

Une idée me traverse alors l'esprit. Je me précipite en direction d'un placard, à ras du sol. Ce dernier possède des compartiments assez larges pour qu'on puisse s'y glisser... Mais encore faudrait-il qu'une autre salle se cache derrière ses petites portes.

Tirant de toutes mes forces, je contrains les charnières rouillées à bouger. Et... c'est un placard vide.

Ma déception est grande. Contrairement à ce placard.

Les murs et le plafond se remettent à trembler, nous faisant comprendre que le temps presse. Quelque chose que Mew semble très motivé à me faire comprendre également.

"Qu'est-ce que tu fais ?! Cherche une issue au lieu de rester plantée là !!" Dit-il en tirant sur ma veste.

"Ce n'est pas—" Mes yeux captent un détail qui m'avait échappé, lorsque je les tourne pour regarder Mew. Je m'empresse donc de replonger ma tête dans le placard que j'ai ouvert.

"Mew pense qu'il y a des meilleurs endroits où se cacher..." Dit-il en soulignant le fait que seule ma tête est plantée dans le compartiment.

Je l'ignore pour le moment, glissant une main avec moi pour toucher l'objet fixé à l'autre bout du placard.

Une charnière... En bon état, qui plus est.

Poussant ce qui devrait, normalement, être la paroi arrière de l'étagère, j'ouvre cette dernière comme s'il s'agissait porte.

La raison étant que, effectivement, c'était une porte. Depuis le début.

Je m'empresse de glisser le reste de mon corps de l'autre côté, quittant le laboratoire d'Auguste pour rejoindre un autre labo. Plus grand et propre.

Mew ne tarde pas à me suivre, surpris par ce qui a dû ressembler à un tour de magie, de son côté.

"Où sommes-nous ?" Demande-t-il, clignant des yeux face au grand nombre de tables alignées. Sur chacune d'entre elles sont disposés des bacs avec des pierres à l'intérieur.

"Le musée d'Argenta. C'est un endroit où les humains font des recherches sur les roches, les fossiles et toute sortes de choses leur permettant d'étudier le passé de notre planète," j'explique du mieux que je peux, épargnant Mew des détails que Pierre m'a fait subir, à l'époque...

"Hmm... Les humains sont vraiment une espèce très arriérée," constate Mew en se rapprochant d'un bac, examinant son contenu avant de perdre tout intérêt.

Curieuse de connaître l'état du musée dans mes souvenirs, je propose au chat rose de me suivre à l'étage. Chose qu'il accepte sans se plaindre, pour une fois.

Arrivant en haut, je me vois surprise par l'authenticité des lieux.

Ma mémoire est plus claire que ce que j'imaginais... Serait-ce parce que Pierre m'a suffisamment pris la tête avec ce musée pour qu'il soit encré en détail dans mon esprit...?

Cette pensée me file un frisson d'effroi.

De son côté, Mew observe les expositions, une à une, dans un silence contemplatif. Il ne semble ni surpris, ni ennuyé. C'est comme s'il constatait quelque chose qu'il connaissait déjà.

Enfin, il s'arrête face à une fresque ancienne, vraisemblablement incomplète. Sur cette dernière, un étrange poisson géant semble causer un ras de marais.

"C'est curieux. Les humains ont toutes les réponses sous leurs yeux depuis le début. Et pourtant, cette espèce semble avoir du mal à évoluer," affirme Mew, tournant sur lui-même dans les airs.

"Hein ? Qu'est-ce que tu veux dire par-là ?" Je demande, penchant ma tête, légèrement.

Mew pousse alors un long soupire, avant de croiser ses petites pattes d'un air décidé.

"Mew n'a jamais donné la réponse à aucune espèce. L'humanité ne sera pas une exception."

Super... J'espère que tous les pixies ne sont pas aussi sympas que lui.

Exaspérée, je décide de marcher en direction d'une autre section du musée. De toute façon, ce n'est pas le moment pour discuter d'archéologie. Il faut que je réfléchisse à un moyen—

Tournant mon regard en direction de la section suivante, je me rends compte que le passage est bloqué... par un œil gigantesque, m'observant comme s'il venait de voir quelque chose qui l'intéresse.

À cet instant, un nouveau cri strident retenti autour de nous. Le même que précédemment. Celui de Sulfura.

Les murs du musée s'enflamment soudainement, et celui séparant notre section à celle où se trouve l'œil s'effondre. Révélant la tête d'un oiseau géant au plumage doré avec une crête de feu sur le crâne.

Je manque de tomber en arrière en le voyant. Mais mon sens du danger me hurlant de fuir, je maintiens mon équilibre du mieux que je peux tout en tournant les talons pour fuir.

Un choix qui n'aurait pu être fait une seconde plus tard, puisque j'évite le coup de bec de l'oiseau légendaire de justesse !

"Il est piégé dans un espace restreint ! Est-ce que ce ne serait pas le moment d'enfin prendre ton courage à deux mains ?!" Demande Mew, m'aillant rejoins dans ma course.

Ce qu'il dit n'est pas bête... Mais je me demande s'il est réellement bloqué, ou si c'est nous qui sommes piégés avec lui. Les flammes se rependant au plafond soutenant ma théorie.

Au loin, je vois que le feu ne s'est pas encore rependu jusqu'aux grandes portes d'entrée du musée. Je décide donc d'attraper Mew, avant qu'il ne refasse des siennes puis, contournant le crâne de Mechamon géant, fonce en direction de la sortie.

Derrière nous, le bec de Sulfura s'ouvre, une lumière vive sortant du fond de sa gorge. Je ne suis pas spécialiste, mais je suis à peu près sûre que ce n'est pas pour s'en servir de lampe torche !

Rapidement, j'ouvre les portes du musée, nous donnant ainsi accès à un autre endroit lié à mes souvenirs : la piscine où j'ai vu Ondine danser, à Azuria.

De son côté, Sulfura a fini de charger son attaque. Un puissant jet de flammes sortant de son bec, carbonisant tout ce qui se trouve en face de lui, sur une distance grandissante.

Je décide donc de ne pas m'arrêter pour refermer les portes. Tenant toujours Mew sous le bras, je cours le plus vite possible en direction de l'eau. Puis, sentant les flammes nous rattraper, je plonge.


C'est étrange.

L'eau était si claire qu'on pouvait voir le fond du bassin, tout à l'heure. Et pourtant, maintenant que nous sommes submergés, tout est très sombre.

Au lieu de remonter à la surface, mon corps est attiré vers le bas. De plus en plus vite. Comme si une force invisible m'aspirait vers des abysses dont j'ignorais l'existence.

Je perds mes repaires. Je ne sais plus d'où je viens. Suis-je toujours en train de couler ? Ou suis en train d'émerger ?

Alors que mon esprit se plaît de plus en plus dans cette sensation, isolée, loin de tout, comme si mon existence n'avait plus aucune importance... Ma tête sort enfin de l'eau.

Par reflexe, je reprends mon souffle, m'empressant de ramper vers la terre ferme avant même de regarder où je suis.

Finalement, je rouvre les yeux en entendant les rires de Mew, que j'ai dû lâcher entre-temps. Ce dernier se moque de moi, car un nénuphar fleuri est resté collé à mon crâne lorsque j'ai sorti la tête de l'eau.

Il y a beaucoup de brume... et beaucoup d'arbres aussi.

Est-ce que nous sommes dans la forêt spectrale ? Celle qui protège le village de Parmanie ?

"Super. Je suis trempée maintenant," dis-je me relevant, poussant un long soupire tout en essorant ma veste.

"Ne t'inquiète pas pour ça. On est dans un espace mental," explique Mew. "Cet endroit fonctionne un peu comme un rêve."

Au moment où il prononce ces mots, je remarque que mes vêtements sont complètement secs. Comme si le simple fait d'extraire l'eau de ma veste a suffi pour faire un séchage complet de ma garde-robe.

"..."

"Quoi ? Tu aurais préféré rester mouillé, finalement ?" Demande Mew en tournant dans les airs.

"Désolé..."

J'ignore ce qu'il se passe, dehors. Une chose est sûre, en tout cas, c'est que le temps presse. Et je suis la seule capable de mettre un terme à tout ceci.

Et pourtant...

Je continue de fuir.

Encore et encore.

Mew me fixe sans rien dire pendant un moment. Il n'est pas stupide. Il sait pourquoi je culpabilise. Et il sait que ce n'est pas en me rassurant que nous sortirons de cette situation.

"Mew ne sait plus quoi dire pour te convaincre que tu ne devrais pas craindre ce poulet," dit-il en rompant le silence.

"De ton point de vue, ce n'est qu'un poulet qui crache des flammes. Mais—"

"Mew a compris. Cette créature est puissante, et elle a terrorisé l'espèce humaine fut un temps. Mais tu es plus puissante qu'elle, Ember."

"...C'est faux."

"Nous ne serions pas ici si c'était faux," dit-il en se rapprochant de mon visage, pour me regarder dans les yeux. "Tes capacités sont au moins équivalentes à celle de Mew. Et encore. Mew n'en a vu qu'une portion."

Je détourne le regard, me mordant la lèvre de frustration. Je comprends ce qu'il dit. Et je doute qu'il le dise juste pour essayer de gonfler mon ego. Cependant...

"Ces capacités... Je ne sais pas comment les contrôler. À quoi bon avoir ces pouvoirs si je ne sais pas m'en servir ?"

Même Scarlett, une humaine, avait une meilleure compréhension des capacités de Mew... Elle était puissante, et elle savait utiliser cette puissance. Même après qu'elle ait assimilé Sulfura, sa force mentale était telle qu'elle a maintenu le contrôle de son corps.

Comparé à elle... je...

"Je suis nulle. Je n'aie appris à me battre que récemment, et je reste dépendante du Vyzard lors de chaque combat que je livre," je continue, ma vision se rétrécissant peu à peu au fur et à mesure que je sens ma confiance en moi s'évaporer. "C'est le Vyzard qui me rend forte. Avec lui, je pourrais tout affronter. Même un dieu. Mais sans lui... je ne suis que cette fille minable qui passe son temps à fuir."

"Le Vyzard ?" Demande Mew. "Tu veux parler de la machine hébergeant un autre de nos clones ?"

Il est au courant pour l'origine du drone ? Je suppose que Mew peut également ressentir leurs présences.

"Si nous retrouvons ce clone, est-ce que tu te sentirais capable d'affronter le poulet ?"

...

J'acquiesce.

"Dans ce cas, suis Mew."

"Hein ? Tu sais où il se trouve ?!" Je demande, le suivant dans les bois en voyant qu'il ne semble pas m'attendre.

"Mew peut ressentir sa présence. Bien qu'elle soit extrêmement faible," explique-t-il sans s'arrêter. "Mew te prévient, néanmoins. Ton adversaire est dans la même direction que ce Vyzard."

Sulfura... est-ce pour cela qu'il ne nous a pas suivis jusqu'ici ? Car il a changé de cible ? Ou alors, peut-être savait-il que je chercherais à retrouver le Vyzard. Et il nous attend sur le chemin.

Quoi qu'il en soit, je ne peux pas rester les bras croisés. Je vais retrouver mon partenaire, et vaincre ce dieu déchu !

Mes pas (ainsi que les flottements aériens de Mew) nous mènent à une clairière, au centre de laquelle se trouve un bâtiment au style johtonnais.

Le dojo Leeves.

Ravalant ma salive, je confirme, d'un regard, avec Mew qu'il s'agit bien de la bonne direction. Ce dernier acquiesce, puis fait place pour que je puisse me rapprocher des portes coulissantes du dojo.

Prenant une grande inspiration, je réunis mon courage, puis tire sur la porte pour l'ouvrir.

De l'autre côté, se trouve ce que je devine être le pont d'un bateau, encastré dans le mur d'une très grande tour. Comme si une collision avait eu lieu.

Mes souvenirs sont vagues, car cette nuit était terrifiante dans plus d'un sens, mais je devine que ce bateau doit être l'Océane. La croisière sur laquelle j'ai fusionné avec Azul pour la première fois, à Carmin sur Mer.

Et cette tour doit être une des tours funestes de Lavanville.

"C'est la ville de tout à l'heure," constate Mew en traversant la porte à son tour, regardant autour de lui.

En effet. Nous ne sommes pas dans la même rue, mais ce mélange de monuments tirés tout droit de mes souvenirs me rappelle grandement la métropole chaotique où nous étions.

"Ton ami se trouve là-bas, sur le toit de ce grand bâtiment," affirme Mew en pointant en direction d'une structure gigantesque, au loin, avec sa petite patte.

C'est difficile à dire vu la taille du complexe... Mais je suppose que c'est la Sylphe SARL ?

Je pourrais l'atteindre en courant à travers les rues. Mais une fois face au bâtiment, il me faudra entamer l'ascension de l'intérieur, en ouvrant un nombre incalculable de portes qui risqueraient de me téléporter on ne sait où.

Si seulement il y avait un moyen d'atteindre le toit sans... Un instant.

En levant le regard au ciel, je remarque que les nombreuses tours funestes sont reliées entre elles par des plateformes. Des sortes de ponts scintillants d'une lueur dorée.

Peut-être que je me trompe mais, en plissant les yeux, j'ai l'impression qu'une des tours est reliée au toit de la Sylphe.

"...Suis-moi," je dis à Mew, sautant du bord du pont de l'Océane, directement à l'intérieur de la tour dans laquelle le bateau s'est écrasé.

Je ne suis jamais entré dans un de ces beffrois. Mon esprit est donc incapable d'imaginer ce qu'il s'y trouve. Je suppose que c'est pour cela qu'elle est totalement vide, hormis un grand escalier en colimaçon.

C'est assez drôle mais, bien que je sois en train de courir dans cet escalier sans fin, mon corps ne ressent absolument aucune fatigue.

Quelques minutes suffisent pour que nous arrivions au sommet, face au premier pont en or, reliant cette tour à une autre.

Mais à l'instant où mon pied se pose sur la plateforme, un nouveau cri strident retenti dans l'air.

Il nous a repérés...!

Ne perdant pas une seconde de plus, je me remets à courir aussi vite que je peux, en direction de la tour suivante. Suivie de près par Mew.

Par curiosité, je tente d'appeler le Vyzard. Voir si, comme dans la réalité, il me rejoindrait de lui-même. Malheureusement, ma voix ne semble pas l'atteindre.

"Hm ?" S'interroge Mew en observant le ciel.

"Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ?"

"C'est bizarre. Le poulet nous a ignorés pour se rapprocher de cette étrange structure."

Suivant son regard, je me rends compte que, effectivement, quelque chose est apparu au-dessus de nous.

Un instant... Cette structure...!

C'est le vaisseau de la Team Raclette ! Ou Raquette ? Je ne sais plus...

Quoi qu'il en soit, c'est l'arme que leur boss a créée dans l'espoir de faire revivre Electhor, le dieu de la foudre.

Poussant un cri de rage, Sulfura attaque le vaisseau. Le bombardant de boules de feu, illuminant le ciel nocturne d'une lueur divine.

J'ignore s'il est en colère, car l'humanité à réduit l'un des siens dans cet état, où s'il déteste Electhor au point de vouloir le tuer sous toutes ses formes... Mais on ne va pas s'en plaindre !

"Profitons-en tant qu'il est distrait !"

Ainsi, nous passons le premier pont, rejoignant directement le toit de la seconde tour funeste. Puis, sans perdre de temps, nous entamons la suite de notre course, sur un deuxième pont reliant cette tour à la suivante.

J'ai beau courir vite, je suis contente que nous soyons dans un espace mental. Sinon, je n'aurais jamais eu le cardio pour tout ça...

Lorsque nous arrivons au bout de cette deuxième plateforme, une explosion retenti, au-dessus de nous. Le vaisseau raclette s'est fait démolir. Et ses débris tombent telle une pluie d'acier en fusion.

Sulfura, satisfait de son œuvre, contemple la destruction de la structure pendant un moment avant de tourner son regard vers nous.

Il ne nous reste plus qu'un seul pont à traverser, puis nous aurons atteints notre destination. Ce qui pousse Mew à changer de trajectoire en criant.

"Mew va distraire le poulet le temps que tu trouves ton ami !"

"Mew...!"

Mon poing se serre. Ce n'est pas le moment de débattre de si ce qu'il fait est raisonnable ou non. Je décide donc de lui faire confiance, et de poursuivre ma course en direction du Vyzard.

Pendant ce temps, le chat rose se rapproche de Sulfura en évitant la pluie de débris, ayant presque l'air de s'amuser.

Le regard de l'oiseau légendaire s'obscurcit. Ce dernier n'appréciant guère le comportement de la petite créature qui ose ne pas trembler de terreur face à lui.

Déployant ses ailes, le dieu des flammes éternelles en extrait une multitude de boules de feu, qui tombent en direction de Mew.

L'alien en esquive certains, utilisant des débris comme couverture pour d'autres, se moquant ouvertement de Sulfura, qui pousse un hurlement de fureur avant de se propulser lui-même sur sa nouvelle cible.

De mon côté, j'arrive enfin sur le toit de la Sylphe SARL. Mais il y a un nouveau problème... Ce complexe est gigantesque. Et, peu importe où je pose les yeux, je ne vois toujours aucun Mechamon Soldat à l'horizon.

Je parcours le toit du bâtiment sur lequel je suis, cherchant toute possible trace d'un drone sphérique. Mais rien n'y fait. Jusqu'à ce que je me rapproche du rebord, entre mon toit et celui du bâtiment suivant.

Quelque chose bouge bizarrement, sur le sol, au loin...

Prenant de l'élan, je saute d'un toit à l'autre, puis me rapproche de ce que j'ai aperçu plus tôt. On dirait un petit amas de slime, rose, tremblotant comme si le vent menaçait de l'emporter.

D'un air curieux, je me baisse à ses côtés, coupant le souffle du vent. Ce dernier sursaute en réaction, ouvrant des petits yeux ronds pour me regarder.

...

Q..

QU'EST-CE QUE C'EST QUE CE TRUC ?! ET POURQUOI EST-CE QUE C'EST AUSSI ADORABLE ?!!!


[Vert Feuille] Mechamon Iris - Page 9 Chapit93


"Ember...?" Me demande une petite voix aigüe, presque enfantine, sortant directement du slime.

......

C..

CE TRUC A PRONONCÉ MON NOM !!!

"T.. Tu ne me reconnais pas...?!" Me demande-t-il en tremblant, de nouveau.

Mince ! Je me suis laissé surprendre par son apparence, mais il semblerait que cette chose me connaisse.

Je ne peux pas me permettre de la faire pleurer. Je ne me le pardonnerais jamais !

Faisant fonctionner mon cerveau à plein régime, je cherche dans mes souvenirs où j'aurais bien pu rencontrer une boule de... 'peu importe ce que c'est' aussi adorable.

Évidemment, rien ne me vient à l'esprit. Je tente donc de penser logiquement. Cet espace mental habite, actuellement, plusieurs consciences. Ainsi que des fragments de moi, mais Mew a dit que celui que j'ai rencontré était le dernier.

Parmi ces consciences, les plus évidentes sont la mienne, celle de Mew, celle de Sulfura, et...

"...le Vyzard."

Le slime s'arrête de trembler d'un coup, se remuant de gauche à droite en arborant un air satisfait.

"Tu as changé depuis la dernière fois qu'on s'est vus, dis donc..." J'ajoute, absolument et indéniablement choquée par le 'avant-après' qu'à subit mon partenaire mécanique.

"Toi aussi ! Tu es très jolie comme ça !" Affirme-t-il... ou elle ? Sa voix est vraiment très féminine maintenant que j'y pense...

Mes joues deviennent de plus en plus chaudes, alors que je réécoute son compliment en boucle dans ma tête. Il faut dire que j'ai un peu de mal à me faire aux changements soudains que j'ai subis, tant mentalement que physiquement.

C'est étrange, de parler de changements face à ce qui est le plus gros changement de cette histoire...

"Je suis tellement heureuse d'enfin pouvoir communiquer de la sorte avec toi !" Ajoute le Vyzard en sautillant, faisant des petits sploosh sploosh sur le sol.

« Heureuse » hein...?

À ce moment précis, une explosion retentit au loin. Me rappelant de la raison pour laquelle je suis venue chercher la chercher, à la base.

"M.. Moi aussi, je suis heureuse..."

COMMENT EST-CE QUE JE SUIS CENSÉ LUI DEMANDÉ DE COMBATTRE DANS CES CONDITIONS ???

"Il y a tant de choses qui auraient été plus simples si j'avais été capable de parler la langue humaine depuis le début..." Dit-elle en soupirant. Enfin, j'imagine que ce mouvement représente un soupir ? "Comme cette fois où je me suis réveillé dans cet endroit sombre avec un enfant humain qui m'a pris pour un jouet ! Heureusement, tu m'as vite retrouvé ! Mais tu avais perdu la mémoire à cause de cet épisode, dans la clairière."

Elle parle de lorsqu'elle a vandalisé une école primaire, sous la forme d'un drone incontrôlable ? En effet, ça m'aurait potentiellement évité un trauma si on avait pu résoudre ça par le dialogue...

Mais en même temps, beaucoup de choses ont changé après cet épisode à l'école Marguerite.

Quoi qu'il en soit, je sens qu'elle a beaucoup de choses sur le cœur. Beaucoup de choses qu'elle aimerait me dire, maintenant qu'elle est capable de communiqué de manière aussi directe.

Cependant, le temps est contre nous. Et, non seulement Mew ne pourra pas retenir Sulfura éternellement, mais j'ignore également comment vont les choses dehors...

"Vyzard..."

"Tu te souviens des nuits que nous passions à observer les étoiles, en attendant le début des opérations ? Tu me parlais de tes espoirs, de tes craintes, de ce garçon que tu voulais rencontrer... Ces moments étaient précieux pour moi. Ah ! Par contre, vis-à-vis de la fois où tu m'as traité comme un ballon de foot, dans le train—"

Posant un genou au sol, je touche, délicatement, la surface du slime avec ma main. Comme pour lui caresser la tête. Cela interrompt son discours, ses petits yeux m'observant désormais sans rien dire.

"J'aimerais passer des heures à parler avec toi. À te poser des questions sur toi, tes goûts, tes avis, ce que tu ressens... Vraiment. C'est comme si on m'avait enfin donné le pouvoir de te connaître, mieux que je ne t'ai jamais connue," mon visage de déforme dans une douloureuse expression. Mes yeux se remplissant peu à peu de larmes. "Je suis désolée, Vyzard. Mais j'ai besoin de ton aide. Et ça ne peut pas attendre."

Mon poing se serre, et je ressens un besoin intense de me mordre la lèvre. Mais je dois continuer. Je dois lui transmettre le message, aussi déchirant soit-il.

"Le combat n'est pas terminé. Si nous ne faisons rien, Sulfura détruira ce pourquoi nous nous sommes battus pendant tout ce temps. Ce que nous avons protégé au prix fort," j'ajoute, maintenant le regard fixe sur le sien, ne le détournant sous aucun prétexte.

Le petit slime s'ancre à mon regard un moment sans ne rien dire, puis, elle tourne ses yeux en direction des explosions, au loin.

"Je vois. Tu as besoin de moi pour finir ce que nous avons commencé."

J'acquiesce. Ma tête se baissant naturellement, de plus en plus, au fur et à mesure que la honte me ronge de l'intérieur.

C'est injuste.

Je suis injuste.

Elle a enfin obtenu quelque chose qu'elle souhaitait depuis toujours. Et moi, je suis là, à lui redemander de mettre son bonheur de côté pour se battre. Tout ça car...

"Je ne peux pas le faire seule... Pas sans toi."

Doucement, une larme s'échappe de mon œil, coulant le long de ma joue. Mais cette dernière ne termine pas sa course. Interrompue par un petit tentacule rose. Une partie du corps du Vyzard, déformée et rallongée pour me toucher la joue.

Je tourne donc, de nouveau, mon regard sur elle. Elle semble sourire. Un sourire gentil et bienveillant.

"Ne sois pas triste, Ember. Je suis heureuse que tu sois venue me trouver," dit-elle en essuyant ma larme. "J'étais considéré comme un échec, à la base. Une expérience ratée, destinée à être jetée au feu. Mais, parce que tu pouvais me comprendre... Parce que tu pouvais te lier à nous, j'ai eu la chance de devenir utile. Je suis devenu ton arme. Ton armure. Ta partenaire."

Mes yeux s'écarquillent alors que mes lèvres s'entrouvrent, murmurant son nom sans que je ne m'en rende compte. Les larmes coulent abondement, désormais. Mais un sourire se dessine, progressivement, sur mon visage.

Elle a toujours été là... depuis le début. Elle m'a toujours aidée dans les moments les plus durs.

Vyzard est bien plus qu'une partenaire. Elle est mon amie. Ma confidente. Ma sœur.

"Il n'y a qu'une seule chose que j'aimerais te demander..." Dit-elle, embarrassée. Remuant son corps liquide comme un enfant hésitant à demander de l'argent à ses parents.

"Hm ? Quoi ?"

"Mon armure géante a été trop endommagée lors de notre combat contre Scarlett. Je ne me sens pas capable de la matérialiser... D'autant plus que je peux encore ressentir la douleur, du moment où elle nous a coupées en deux avec son tentacule..."

...

C'est donc pour ça, qu'elle a adoptée cette forme. Car, elle aussi, elle a souffert de l'issue de ce combat...

Mais alors... comment allons-nous faire ?

"Tu es comme Mew, désormais, n'est-ce pas ?" Elle me demande, m'observant de plus près. Comme pour me faire comprendre que ma nouvelle apparence laisse entendre que je suis plus proche de ma nature de pixie, comparé à avant. "Dans ce cas... est-ce que tu pourrais m'assimiler ?"

"......hein ?"

Ma tension chute, soudainement. Un vent froid traversant mes os.

L'assimiler...? De quoi est-ce qu'elle—

"J'ai, avec ma conscience, quelque chose de lourd et silencieux. Je pense qu'il s'agit de l'esprit de l'armure," ajoute-t-elle. "En m'assimilant, tu obtiendras son pouvoir. Tout en conservant notre lien."

L'esprit de l'armure...? Elle parle du Soldat...? C.. Ces choses ont une conscience ? Je ne l'ai pourtant jamais ressentie...

"S.. Si je fais ça..." Je ravale ma salive, posant lentement ma question. "...qu'adviendrait-il de toi...?"

"Tout dépend de toi. Mais j'imagine que je vivrais dans ton esprit, telle une petite conscience dans un coin de ton cerveau ? Je t'aiderais à contrôler le pouvoir de l'armure, et j'écouterais ce que tu auras sur le cœur."

"......"

Elle se fiche de moi... Il n'y a absolument rien de certain dans ce qu'elle est en train de me dire...

"C'est la seule façon que j'ai de t'aider, actuellement. Et puis..." Elle se tourne dos à moi un moment, observant la ville chaotique depuis le haut du toit. "C'est ainsi que j'aimerais vivre. Non pas comme un robot rouillant dans un hangar. Mais comme une part de toi, t'accompagnant partout où tu iras."

...

Une nouvelle explosion résonne au loin. Je n'ai pas le temps de peser les pour et les contres. Ou de prendre le recul nécessaire afin de savoir si cette idée est bonne ou mauvaise.

Tout ce que je peux faire, c'est accepter ses sentiments. Et lui donner ce qu'elle souhaite.

"D'accord..."

Je me relève, puis me rapproche, de nouveau, d'elle. Du liquide rose coulant en bas de mon dos pour former une queue.

"Merci," dit-elle en se tournant, de nouveau, dans ma direction. "Quand tout sera fini, est-ce qu'on ira regarder les étoiles ?"

"...Oui."

Ma queue gagne de plus en plus en volume, formant alors une grande gueule qui se jette sur le petit slime, l'avalant en une seule bouchée.


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